Pelléas et Mélisande | Espace Nord

Pelléas et Mélisande

Par Maurice Maeterlinck
Préface de Henri Ronse
Postface de Christian Lutaud
Édition 2012
Première édition 1892
Genre Poésie et théâtre
ISBN 9782930646107
N° Espace Nord 2
Pages 136
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  • Version papier
  •   Broché, 12 x 18,5 cm
  • 7,00 €

Le Prince Golaud recueille à l’orée d’un bois une jeune fille dont il va faire son épouse. Mais c’est du frère de Golaud, Pelléas, que Mélisande tombe amoureuse, et le destin fatal qui pèse sur les personnages de cette pièce de théâtre les mènera inévitablement à la désolation.

PERSONNAGES

Arkël, roi d’Allemonde.
Geneviève, mère de Pelléas et de Golaud.
Pelléas, petits-fils d’Arkël.
Golaud, petits-fils d’Arkël.
Mélisande.
Le petit Yniold, fils de Golaud (d’un premier lit).
Un médecin.
Le portier.
Servantes, pauvres, etc.

ACTE PREMIER

SCÈNE I
La porte du château

Les servantes, à l’intérieur. – Ouvrez la porte ! Ouvrez la porte !

Le portier. – Qui est là ? Pourquoi venez-vous m’éveiller ? Sortez par les petites portes ; sortez par les petites portes ; il y en a assez !...

Une servante, à l’intérieur. – Nous venons laver le seuil, la porte et le perron ; ouvrez donc ! ouvrez donc !

Une autre servante, à l’intérieur. – Il y aura de grands événements !

Troisième servante, à l’intérieur. – Il y aura de grandes fêtes ! Ouvrez vite !...

Les servantes. – Ouvrez donc ! ouvrez donc !

Le portier. – Attendez ! attendez ! Je ne sais pas si je pourrai l’ouvrir... Elle ne s’ouvre jamais... Attendez qu’il fasse clair...

Première servante. – Il fait assez clair au dehors ; je vois le soleil par les fentes...

Le portier. – Voici les grandes clefs... Oh ! comme ils grincent, les verrous et les serrures... Aidez-moi ! aidez-moi !...

Les servantes. – Nous tirons, nous tirons...

Deuxième servante. – Elle ne s’ouvrira pas...

Première servante. – Ah ! ah ! Elle s’ouvre ! elle s’ouvre lentement !

Le portier. – Comme elle crie ! Elle éveillera tout le monde...

Deuxième servante, paraissant sur le seuil. – Oh ! qu’il fait déjà clair au dehors !

Première servante. – Le soleil se lève sur la mer !

Le portier. – Elle est ouverte... Elle est grande ouverte !...

Toutes les servantes paraissent sur le seuil et le franchissent.

Première servante. – Je vais d’abord laver le seuil...

Deuxième servante. – Nous ne pourrons jamais nettoyer tout ceci.

D’autres servantes. – Apportez l’eau ! apportez l’eau !

Le portier. – Oui, oui ; versez l’eau, versez toute l’eau du déluge ; vous n’en viendrez jamais à bout...

[…]

POSTFACE
Christian Lutaud

Plus que d’autres œuvres, de Maeterlinck, Pelléas et Mélisande survit dans la mémoire des hommes. Privilège que ce texte partage avec L’Oiseau bleu et La Vie des Abeilles, associés encore au nom de l’illustre Gantois dans le souvenir du grand public. Toutefois, le cas de Pelléas n’est pas exempt d’ambiguïté. Il mérite donc une mise au point spécifique.

En effet, reconnaissons que c’est surtout la musique de Debussy qui a emporté jusqu’à nous, en cette fin de xxe siècle, la renommée de Pelléas. Pour l’immense majorité de nos contemporains, c’est au compositeur du Prélude à l’après- midi d’un faune, non à l’auteur de L’Intruse, que se relie Pelléas. Mais si le poème de Mallarmé vit encore d’un éclat souverain et autonome, il n’en va pas tout à fait de même pour la pièce de Maeterlinck. Aussi une confusion se perpétue-t-elle auprès du public : un hommage est apparemment rendu à la pièce, qui, en fait, s’adresse à l’opéra, et beaucoup plus, en tout cas, aux « broderies musicales » qu’au texte littéraire qui les a inspirées.

Or, de livret, il n’en est point. Pelléas et Mélisande fut d’abord, et seulement, une pièce, un texte non voué a priori à la musique. Si l’écrivain accorde tout de suite au musicien français les droits d’utilisation de son texte, c’est sans trop y attacher d’attention, dans le feu du succès, et l’enthousiasme de sa récente notoriété. Il n’envisage nullement comment la postérité en viendra à lui « voler » son œuvre. Ou plutôt il ne va le soupçonner que trop bien... mais aussi trop tard : en 1902.

Sur le plan très concret des représentations de Pelléas, on constate la même équivoque. L’opéra de Debussy est joué constamment sur les grandes scènes lyriques du monde entier. Mais quant à la pièce elle-même, on est loin du compte. À part quelques courageuses reprises, comme celle de M. Henri Ronse naguère, au festival de Spa et à Bruxelles, il semble bien que la flamme du souvenir ne soit plus guère entretenue que d’une main hésitante, et encore (Paris capitulant) à l’intérieur des seules frontières du pays natal de l’écrivain.

Et pourtant, prétendre, comme il est de bon ton chez les cuistres et les nouveaux précieux, que le texte de Maeterlinck est « daté », « vieilli », « suranné », etc... etc..., alors que, par opposition, la musique de Debussy est éternelle, en ce qu’elle a de novateur, de révolutionnaire, de résolument et décidément « moderne », n’est qu’imposture. D’ailleurs nombreux sont toujours ceux qui ont reconnu que les génies de Maeterlinck et de Debussy n’ont pas à être départagés, la puissance d’évocation de la musique ne faisait que souligner la fulgurance poétique du tissu verbal initial. Le grand musicologue suisse Émile Vuillermoz l’a constamment répété, ainsi qu’aujourd’hui encore le philosophe Vladimir Jankélévitch. Le metteur en scène et directeur de l’Opéra du Rhin à Strasbourg, René Terrasson, qui vient de consacrer un bel ouvrage en hommage à la pièce, le répète à son tour. Comme le disait Robert Kemp : « le musicien n’a certes pas “dévoré” le poète, comme on l’a dit si faussement ! Ils se sont fondus l’un avec l’autre ; le poète a provoqué l’éclosion définitive du génie du musicien ; et le génie du musicien nous a permis de mesurer, avec une tendre précision, la beauté des textes “maeterlinckiens”. D’en admirer les purs miracles. »

On peut aller plus loin dans ce procès en révision : ne pas craindre d’affirmer qu’en soi, isolément, la pièce de Maeterlinck, laissée au seul pouvoir enchanteur de ses mots et de ses répliques, constitue un chef-d’œuvre incomparable, un de ces « phares » obligés qui se relaient dans la longue histoire de la littérature, et où nous devons reconnaître le point de convergence lumineux d’un homme, d’un art et d’une époque, Pelléas existe bien par elle-même, sans Debussy, et mérite d’être célébrée comme telle.

Le théâtre de langue française à l’époque

Pour saisir la portée révolutionnaire d’une pièce comme Pelléas et Mélisande, dans les années 1892-1893, il importe de rappeler dans quel contexte théâtral elle s’inscrivait.

Quels sont les auteurs qui triomphent ? D’abord ceux qui font rire, comme Édouard Pailleron avec ses comédies de mœurs, Courteline avec une bouffonnerie comme Boubouroche (l’année même de création de Pelléas !), cette même année où Victorien Sardou amuse tout Paris avec sa comédie historique Madame Sans-Gêne. Qui prend la succession de l’académisme d’un Ponsard, de la comédie bourgeoise de Labiche et d’Émile Augier ou de la « tranche de vie » à la sauce sentimentale illustrée par Dumas fils ? Si l’on continue à jouer ces bons vieux auteurs, d’autres garantissent la perpétuation de ces genres traditionnels, tels G. de Porto Riche, bientôt E. Rostand. Assurent également la relève Henry Fèvre, Eugène Brieux, qui veut faire un théâtre « utile » abordant des problèmes sociaux et moraux, de grands sujets d’actualité, ou encore François de Curel, visant à un théâtre social d’idées.

[…]

Auteur
Maurice Maeterlinck
Né à Gand en 1862, Maurice Maeterlinck se consacre rapidement à la littérature. Dès 1889, il publie un recueil de poèmes, Serres Chaudes, et une pièce de théâtre, La Princesse Maleine, qui traduisent ses préoccupations symbolistes.... lire la suite
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