J’apprenais à écrire, à être | Espace Nord

J’apprenais à écrire, à être

Anthologie

Par Jacques Izoard
Postface de Gérald Purnelle
Édition 2016
Genre Poésie et théâtre
ISBN 9782875680747
N° Espace Nord 343
Pages 272
  • Version papier
  •   Broché, 12 x 18,5 cm
  • 9,00 €

Jacques Izoard (1936-2008) a longtemps et durablement occupé dans le champ de la poésie francophone de Belgique la position d’un de ses principaux représentants, jouissant, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières du pays, d’une visibilité souvent supérieure à celle de la plupart de ses contemporains.

Cette anthologie composée par Gérald Purnelle trace un cheminement de poèmes «dont on ne pourrait enlever un mot ni déplacer une virgule» (Eugène Savitzkaya) et présente une sélection des plus beaux coups de plume du poète belge. S’y donne à lire un apprentissage de la vie et de l’écriture, où la réalité du sujet dans ses sensations, son expérience existentielle, rencontre sans cesse l’usage du langage pour en rendre compte.

Éminemment sensuelle, brassant les lieux, les objets, les corps et les souvenirs d’enfance, la poésie d’Izoard témoigne d’une con ance ambiguë dans le pouvoir des mots. Izoard pratique un hermétisme ouvert, qui n’impose pas un sens unique, mais où le sens n’est pas refusé, le lecteur recevant les moyens de le produire, à travers l’éclair provoqué par le contact des mots, tirés d’un lexique toujours concret.

Ecouter un extrait :

Ce manteau de pauvreté
1962

dans la tête de l’homme
qui a tout oublié
il y a un visage e rayant et secret
tourné du côté des choses
intérieures
et qui ne connaît pas la douceur de nos roses
dans la tête de l’homme
qui a tout oublié
où la folie a mis ses housses
dans la tête de l’homme
qui ne répond plus
aux questions qu’on lui pose
il y a
tout entier
celui qu’on n’ose
plus nommer

--

Ma paume est un ciel plein d’oiseaux,
un ciel sillonné de rivières
et d’éclairs calmes.
Ma paume est aussi l’abri nocturne
où va gésir
le doux animal de ma virilité.

C’est l’été, c’est la chaleur, c’est la soif
et c’est la paume-éponge
qui nous rend nos audaces.

--

Description d’un état d’âme

Je sens contre mon cou les doigts d’eau du sommeil; il faut tout oublier, tout fuir, tout perdre. Sur cette plage d’or et livrée à la blanche enfance, sur la plage éclatante où se déshabille l’été, le soleil m’éblouit. C’est la vie sous les paupières. Quelle tornade à présent va ravager mon âme et par quels courages résisterai-je à ses assauts? Sous les paupières, c’est la vie tumultueuse des idées sans tête. Ma page a soif, elle réclame aussi la boisson fraîche ou le bleu magni que des encres indé- lébiles. Les lianes liées s’enroulent autour de l’arbre à songes: je vis au rythme des couleuvres. Dans ma bouche, ma langue a brisé l’œuf du rêve. Des peupliers dé lent, un oiseau lourd, percé de èches, s’abat avec fracas au milieu de l’étang... On dirait déjà que ma main se transforme en étoile de mer. Poème, je te trouve bien étrange, ce soir... On a commencé les vendanges et les métamorphoses.

POSTFACE
de Gérald Purnelle (ULg)

Toucher la matière à mains nues, c’est ne rien imaginer, c’est ne rien interposer entre soi et soi, entre le souffle et le souffle. On bouge sans cesse, on n’en nit pas de bouger. Puisque la vie meurt, la vie bouge en elle-même.

Jacques Izoard a longtemps et durablement occupé dans le champ de la poésie francophone de Belgique la position d’un de ses principaux représentants, jouissant, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières du pays, d’une visibilité souvent supérieure à celle de la plupart de ses contemporains. Régulièrement invité dans plusieurs festivals de poésie européens (Belgique, France, Pays-Bas, Yougoslavie, Portugal...), il est aussi présent dans les quelques anthologies étrangères consacrée à cette poésie. Son activité de revuiste, d’éditeur et d’animateur de la vie poétique a également beaucoup contribué à cette position dans les sphères belge, francophone et internationale.

Vie poésie

Jacques Izoard (de son vrai nom Jacques Delmotte) est né à Liège en 1936. Fils d’un instituteur du quartier populaire de Sainte-Marguerite, il devient, après des études de régendat littéraire, professeur de français dans l’enseignement technique et professionnel de la ville. On peut le dire d’emblée, son enfance compte parmi les sources d’inspiration les plus profondes de son écriture. Par exemple, divers lieux des Ardennes, où habitent des parents, marquent ses jeunes années ; leurs noms reviendront fréquemment dans ses poèmes, comme plus tard différentes régions d’Espagne (les Asturies, l’Andalousie). Il découvre assez tôt la poésie et conçoit à la fin de son adolescence le désir de devenir écrivain ou poète. Ses premières lectures sont, les unes, assez classiques (les romantiques, Baudelaire), les autres plus modernes : comme tout jeune homme curieux de poésie, il découvre Rimbaud, mais aussi Lautréamont et le surréalisme, qui le marquera et l’influencera durablement.

D’autres influences, moins attendues que celles-là, méritent d’être évoquées, car elles contribueront grandement à nourrir les particularités de sa propre écriture, une fois passée la période de formation. Dans la poésie de Jules Supervielle, il trouve le sens de la féerie, du fabuleux et du mystère profond du quotidien ; de celle de Saint-John Perse, il tire un goût pour l’emphase, l’exclamation et la célébration, le discours orné, la recherche d’un lexique rare et surprenant, une tonalité baroque. Enfin, un poète moins connu, Paul Gilson, lui communique la fantaisie et la légèreté. Et c’est ce dernier qui préfacera le premier recueil du jeune Izoard, Ce manteau de pauvreté, paru en 1962.

Ce premier recueil est très différent de ceux qui le suivront : il y mêle poèmes proprement dits et textes en prose relevant du récit ou de la ré exion; il y cultive l’humour, le paradoxe et l’insolite, la surprise concertée, le fantastique, et même l’interrogation existentielle. C’est typiquement le livre d’un jeune homme qui se cherche, en tentant plusieurs pistes sans oser s’engager à fond dans l’une d’entre elles.

Le jeune poète s’est aussi rapidement ouvert aux poètes de toutes langues ; il deviendra par ailleurs un exceptionnel connaisseur des poésies française et belge ; il se lie à de nombreux poètes belges et étrangers. Dès les années soixante, il milite de multiples façons en faveur de la poésie : rencontres poétiques, lectures, articles critiques. Sa poésie commence à être remarquée par la critique et défendue par les éditeurs, d’abord belges (Henry Fagne), puis français (Guy Chambelland). En 1968, il rencontre le jeune peintre Robert Varlez, dont il soutient l’activité artistique et avec qui il collaborera longtemps. Ainsi, en 1972, il participe avec lui à la fondation des éditions de l’Atelier de l’Agneau, qui publieront la revue Mensuel 25 dès 1977. Durant la même année 1972, Izoard crée la revue Odradek, tout entière consacrée à la poésie. Il se trouve alors au centre d’une micro-galaxie de jeunes poètes liégeois, de revues et de maisons qui constitue dans la région principautaire un pôle extrêmement actif de modernité et de créativité poétique et artistique: un «Groupe de Liège» existe un temps (de 1975 à 1982), dont il occupe la place de chef de file.

[…]

Auteur
Jacques Izoard
Écrire, susciter des lectures publiques, éveiller des vocations, voilà quelques-unes des actions permanentes de l’auteur, régent littéraire, né à Liège en 1936 et qui a publié une trentaine de recueils et de plaquettes de poèmes... lire la suite
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