Pelléas et Mélisande | Espace Nord

Pelléas et Mélisande

Dossier pédagogique

Par Maurice Maeterlinck
Réalisé par Louise Flipo
Édition 2015
Pages 22
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Destiné en priorité au corps enseignant, ce dossier présente une analyse de "Pelléas et Mélisande" pour permettre aux élèves de mieux découvrir la littérature belge. Vous y trouverez des informations sur les spécificités du texte et de son auteur (résumé, contexte, biographie, prolongements bibliographiques), mais également des pistes de réflexion pour favoriser le débat en classe.

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2. Le contexte de rédaction

La pièce Pelléas et Mélisande date de 1892 et s’inscrit dans la continuité d’un symbolisme pleinement répandu à cette époque. Afin de saisir ce que cet héritage implique dans l’appréhension de la pièce, prenons le temps d’exposer les tenants et les aboutissants de ce courant de la littérature et de la pensée.

Le symbolisme s’affirme dans la mouvance de la modernité comprise comme étant l’orientation nouvelle prise par la littérature dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle se caractérise par la rupture avec une tradition littéraire et culturelle conservatrice et par une préférence affirmée pour la nouveauté et l’originalité. Ce renouveau prend ancrage en un contexte particulier : l’on constate à cette époque un essor à la fois technique, économique et démographique.

Effectivement, les avancées techniques et scientifiques (développement des villes, invention des chemins de fer, du téléphone, etc.) de cette époque améliorent les conditions de vie des populations et amènent des déplacements démographiques importants. La représentation que l’on se fait du monde évolue tandis que se développe une perspective évolutionniste portée par deux valeurs, l’innovation et le progrès, marquant les différents secteurs de la société, dont l’art. Les artistes reconsidèrent dès lors leur rôle et l’art acquiert davantage d’autonomie, voire une certaine sacralité : il devrait être compris comme un biais essentiel pour avoir accès à des connaissances supérieures que l’artiste a le devoir de transmettre.

Dans ce contexte de mutations, l’objet de la représentation change : il s’agit de saisir la réalité prise par le mouvement et la vitesse. De ce fait, se pratique une esthétique du flou, de l’indétermination, du passage. L’artiste se donne comme objectif de capter la fuite, le fugace, et ce, en mêlant réalisme et impressionnisme. L’œuvre tire sa valeur, non pas de sa fidélité à la réalité, mais de l’originalité avec laquelle il l’aborde. Ce nouvel objectif procède d’une remise en question générale de l’objet à représenter, remise en question qui touche également le langage dont on rend compte des limites par une exposition des incertitudes liées au sens.

Mais la seconde moitié du XIXe siècle est aussi marquée par d’importants bouleversements politiques et sociaux : les révolutions se succèdent et la Révolution industrielle ainsi que les différents mouvements ouvriers invitent à l’engagement. Le statut de l’art diffère dès lors en fonction de la position de l’artiste face à son temps : soit l’art est un lieu de prises de position, s’adresse directement au peuple et se voit, de ce fait, augmenté d’une portée sociale (réalisme) ; soit il est un lieu de fuite vers l’imaginaire ou la recherche d’un idéal qui n’est cependant pas hors de la réalité mais qui en offre une autre perspective (symbolisme). Ainsi, réalisme et symbolisme sont deux courants, littéraires, picturaux et théâtraux, qui procèdent du même contexte de troubles, de revendications et de renouveau.

3. Le contexte de publication

Pelléas et Mélisande occupe une place importante et centrale dans l’œuvre de l’auteur. Considérant uniquement la trame (deux amants éprouvant l’un pour l’autre un amour impossible qui finit par se vivre dans la mort), nous pourrions la rapprocher de deux autres de ses œuvres : La Princesse Maleine et Allamide et Palomides. Mais la pièce analysée s’en distingue toutefois par sa supériorité d’écriture. L’atmosphère se diffuse dans la nuance, l’ambiguïté générée persiste insidieusement et les thèmes s’affirment et dessinent les grands axes de l’ensemble de l’œuvre de Maeterlinck. Et, plus que de l’œuvre même, cette pièce rend compte de la pensée de l’auteur, exposée plus largement dans Le Trésor des humbles (que l’on évoquera plus loin). Sa pensée et ses valeurs sont mises en scène, rendant compte des enjeux de la nouvelle quête moderne.

La pièce fut l’objet d’une attention et d’un travail tout particuliers de la part de l’auteur. Sa rédaction fut toutefois rapide : commencée fin 1891, elle est achevée au début de l’année suivante. L’œuvre est publiée à Bruxelles chez Paul Lacomblez. Et, quelques mois plus tard seulement, au terme de l’année 1892, Lugné-Poe fait part de son intention de la monter. Ce projet se concrétise le 17 mai 1893 à Paris à l’inauguration du Théâtre de l’Œuvre. La réception de la pièce est mitigée : si elle remporte un succès certain à l’étranger, elle séduit moins le public francophone, conformiste et plus réticent face à ce renouveau esthétique et poétique. Ainsi, la représentation de Pelléas et Mélisande en Belgique les 5 et 7 juin est un échec ; il motive le départ du dramaturge pour la France, en 1897.

Auteur
Maurice Maeterlinck
Né à Gand en 1862, Maurice Maeterlinck se consacre rapidement à la littérature. Dès 1889, il publie un recueil de poèmes, Serres Chaudes, et une pièce de théâtre, La Princesse Maleine, qui traduisent ses préoccupations symbolistes.... lire la suite
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