Anthologie du surréalisme belge | Espace Nord

Anthologie du surréalisme belge

Établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand
Édition 2015
Genre Essais et autres genres
ISBN 9782875680648
N° Espace Nord 339
Pages 352
  • Version papier
  •   Broché, 12 x 18,5 cm
  • 12,00 €

« Le mot “surréalisme” ne signifie rien pour moi », déclarait Magritte, alors que son ami Nougé acceptait l’étiquette « pour les commodités de la conversation ». Le surréalisme belge s’est distingué du surréalisme français par un certain nombre d’écarts: mise en cause de l’automatisme, revendication d’une musique surréaliste, humour et dérision sont ses marques de fabrique.

D’André Souris à Tom Gutt, de Camille Goemans à Achille Chavée, la plupart des forces vives du mouvement sont rassemblées ici en des textes pour la plupart complets (et non des extraits). Y sont associés des auteurs qui n’ont pas nécessairement été surréalistes, mais sont témoins de la fécondité du mouvement, de Christian Dotremont aux animateurs du Daily-Bul.

PRÉSENTATION

Le surréalisme en Belgique

De tous les mouvements artistiques qui ont marqué l’histoire du xxe siècle, le surréalisme est très certainement celui qui s’est imposé le plus durablement dans l’imaginaire collectif. La qualification de «surréaliste» est ainsi passée dans le langage courant pour désigner une situation surprenante ou établir un rapport inattendu entre deux choses. Au plan culturel, les artistes surréalistes figurent dans les principaux musées du monde entier, et les écrivains du groupe sont cités dans toutes les histoires de la littérature. Il s’agit du seul mouvement culturel né en France au xxe siècle, et diffusé d’abord dans les pays francophones, qui a bénéficié de semblable notoriété.

Mais ce mouvement est aussi problématique. D’une part, il constitue en lui-même un projet complexe ; d’autre part, en raison même de sa large diffusion, sa cohérence est devenue moins nette. D’autant qu’après la mort d’André Breton, en 1966, le surréalisme a été privé de son noyau central. Les artistes qui s’en réclament ont pu, chacun pour soi, en redéfinir le projet, lequel a varié ensuite selon les circonstances et l’esprit du temps. Aussi, aujourd’hui, serait-il sans doute vain de rassembler ces fils épars en vue d’un nouvel arrimage doctrinal. En revanche, il n’est pas inutile de rappeler, fût-ce sommairement, la convergence des goûts et des choix artistiques du surréalisme dans son histoire; de noter, par exemple, qu’il se voulait à la fois matérialiste et poétique, ouvert à l’occultisme comme à une nouvelle rationalité, au communisme et à l’éthique; ces orientations n’ont pas épuisé leur intérêt, et marquent encore la sensibilité contemporaine.

Un premier groupe surréaliste se manifeste à Bruxelles le 22 novembre 1924 autour de la revue-tract Correspondance, l’année même où paraît le Manifeste du surréalisme d’André Breton. Il comprend Paul Nougé, Camille Goemans et Marcel Lecomte. L’année suivante, il se recompose autour de René Magritte, et s’adjoint ensuite Louis Scutenaire et Irène Hamoir, tout en « prenant congé » de Lecomte. S’ajouteront par après Marcel Mariën, qui sera l’historien et l’éditeur de l’activité surréaliste en Belgique, et, dans le Hainaut, le groupe Rupture, avec Fernand Dumont et Achille Chavée. Après la guerre, le surréalisme révolutionnaire comptera Christian Dotremont ou Paul Bourgoignie parmi ses membres actifs, tandis que subsisteront ensuite de petits réseaux autour de Tom Gutt (revue Le Vocatif) ou de Jacques Lacomblez (groupe Phases et revue Edda). Ce sont les principaux auteurs dont nous souhaitons évoquer les œuvres. Pour diverses raisons, dont la place qui nous était donnée, nous n’avons pas voulu intégrer tous les compagnons de route du mouvement dans cette anthologie : les frères Piqueray, Joseph Noiret, Franz Moreau, Max Servais ou André Lorent (groupe Rupture) n’ont pas été repris, non plus d’ailleurs que le musicien Paul Hooreman ou l’autodidacte Armand Permentier, cher aux écrivains du groupe Phantomas. Par contre, nous avons voulu donner une place visible à certains exclus du groupe (comme Albert Valentin) et à des écrivains dont l’œuvre n’eût pu se développer pleinement sans l’impulsion surréaliste (comme Paul Colinet, Marcel Havrenne ou Pierre Puttemans).

Si l’on peut dater avec précision les débuts du surréalisme grâce à la publication du Manifeste inaugural du groupe (1924), il est par contre presque impossible d’en préciser le moment de clôture. Certains continuent de s’en réclamer. L’image qui rend le mieux compte de sa dissolution progressive et diverse serait celle du delta d’un fleuve, dont le courant principal se transforme en d’innombrables tracés, dont aucun ne peut prétendre à lui seul recueillir les eaux originelles. Ce phénomène est particulièrement sensible en Belgique, et c’est pourquoi nous avons inclus dans cette anthologie nombre d’auteurs ou de mouvements qui sont les héritiers plus ou moins légitimes du surréalisme (le Daily-Bul et le groupe Phantomas).

[…]

« Bijou scintillant de la littérature francophone de notre pays dans ce qu’elle a de plus créatif [...] On y découvre une vision du monde qui, au-delà des clivages idéologiques, des débats houleux et des pratiques de la pensée divergente, en raison de son caractère essentiellement décalé et parce qu’elle se fonde sur les détournements de l’ordre préconisé ou établi si chers à nos compatriotes, rétablit les vérités cachées et ouvre sur les visions a priori insaisissables de l’avenir, parfois avec un humour des plus décapants. »
(Barnard Delcord, Lire est un plaisir)

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