L'oiseau bleu | Espace Nord

L'oiseau bleu

Par Maurice Maeterlinck
Préface de Marc Quaghebeur
Lecture de Michel Otten
Édition 2012
Première édition 1909
Genre Poésie et théâtre
ISBN 9782930646381
N° Espace Nord 127
Pages 196
  • Version papier
  •   Broché, 12 x 18,5 cm
  • 8,00 €

Tyltyl et Mytyl s'éveillent au seuil d'un grand voyage... Bérylune, petite fée bossue, les envoie quérir l'Oiseau bleu, le seul être capable d'enrayer le mal qui ronge sa fille. Ils s’en vont arpenter d’autres mondes, apparemment magiques, qui s’avéreront étrangement familiers. Les choses et les pensées que l’on côtoie chaque jour s’animent, prennent corps et se révèlent à qui veut les entendre, personnages ou lecteurs.

Ce conte féérique et philosophique est l’un des chefs d’œuvre de Maurice Materlinck. Prix Nobel de littérature, il est l’auteur d’œuvres symbolistes majeures telles Pelléas et Mélisande, La princesse Maleine...

ACTE PREMIER

Premier Tableau
La Cabane du Bûcheron

Le théâtre représente l'intérieur d'une cabane de bûcheron, simple, rustique, mais non point misérable. – Cheminée à manteau où s'assoupit un feu de bûches. – Ustensiles de cuisine, armoire, huche, horloge à poids, rouet, fontaine, etc. Sur une table, une lampe allumée. – Au pied de l'armoire, de chaque côté de celle-ci, endormis, pelotonnés, le nez sous la queue, un Chien et une Chatte. Entre eux deux, un grand pain de sucre blanc et bleu. – Accrochée au mur, une cage ronde renfermant une tourterelle. – Au fond, deux fenêtres dont les volets intérieurs sont fermés. – Sous l'une des fenêtres, un escabeau. – À gauche, la porte d'entrée de la maison, munie d'un gros loquet. – À droite, une autre porte. – Échelle menant à un grenier. – Également à droite, deux petits lits d'enfant, au chevet desquels, sur deux chaises, des vêtements se trouvent soigneusement pliés.

Au lever du rideau, Tyltyl et Mytyl sont profondément endormis dans leurs petits lits. La Mère Tyl les borde une dernière fois, se penche sur eux, contemple 19un moment leur sommeil et appelle de la main le Père Tyl qui passe la tête dans l'entrebâillement de la porte. La Mère Tyl met un doigt sur ses lèvres pour lui com- mander le silence, puis sort à droite sur la pointe des pieds, après avoir éteint la lampe. La scène reste obscure un instant, puis une lumière dont l'intensité augmente peu à peu filtre par les lames des volets. La lampe sur la table se rallume d'elle-même. Les deux enfants semblent s'éveiller et se mettent sur leur séant.

Tyltyl. – Mytyl?
Mytyl. – Tyltyl?
Tyltyl. – Tu dors?
Mytyl. – Et toi?
Tyltyl. – Mais non, je dors pas puisque je te parle...
Mytyl. – C'est Noël, dis?...
Tyltyl. – Pas encore; c'est demain. Mais le petit Noël n'apportera rien cette année...
Mytyl. – Pourquoi?...
Tyltyl. – J'ai entendu maman qui disait qu'elle n'avait pu aller à la ville pour le prévenir... Mais il viendra l'année prochaine...
Mytyl. – C'est long, l'année prochaine?...
Tyltyl. – Ce n'est pas trop court... Mais il vient cette nuit chez les enfants riches...
Mytyl. – Ah?...
Tyltyl. – Tiens!... Maman a oublié la lampe!... J'ai une idée...
Mytyl. –?...
Tyltyl. – Nous allons nous lever...
Mytyl. – C'est défendu.
Tyltyl. – Puisqu'il n'y a personne... Tu vois les volets?
Mytyl. – Oh qu'ils sont clairs!...
Tyltyl. – C'est les lumières de la fête.
Mytyl. – Quelle fête?
Tyltyl. – En face, chez les petits riches. C'est l'arbre de Noël. Nous allons les ouvrir...
Mytyl. – Est-ce qu'on peut?
Tyltyl. – Bien sûr, puisqu'on est seuls... Tu entends la musique?... Levons-nous... (Les deux enfants se lèvent, courent à l'une des fenêtres, montent sur l'esca- beau et poussent les volets. Une vive clarté pénètre dans la pièce. Les enfants regardent avidement au-dehors.) On voit tout!
Mytyl (qui ne trouve qu'une place précaire sur l'escabeau). – Je vois pas...
Tyltyl. – Il neige!... Voilà deux voitures à six che- vaux!...
Mytyl. – Il en sort douze petits garçons!
Tyltyl. – T'es bête... C'est des petites filles... Mytyl. – Ils ont des pantalons...
Tyltyl. – Tu t'y connais... Ne me pousse pas ainsi!...
Mytyl. – Je t'ai pas touché.
Tyltyl (qui occupe à lui seul tout l'escabeau). – Tu prends toute la place.
Mytyl. – Mais j'ai pas du tout de place!
Tyltyl. – Tais-toi donc. On voit l'arbre!... Mytyl. – Quel arbre?...
Tyltyl. – Mais l'arbre de Noël!... Tu regardes le mur!...
Mytyl. – Je regarde le mur parce qu'y'a pas de place...
Tyltyl (lui cédant une petite place avare sur l'escabeau). – Là!... En as-tu assez?... C'est-y pas la meilleure?... Il y en a des lumières! Il y en a!...
Mytyl. – Qu'est-ce qu'ils font donc ceux qui font tant de bruit?...
Tyltyl. – Ils font de la musique.
Mytyl. – Est-ce qu'ils sont fâchés?...
Tyltyl. – Non, mais c'est fatigant.
Mytyl. – Encore une voiture attelée de chevaux blancs!...
Tyltyl. – Tais-toi!... Regarde donc!...
Mytyl. – Qu'est-ce qui pend là, en or, après les branches?...
Tyltyl. – Mais les jouets, pardi... Des sabres, des fusils, des soldats, des canons...
Mytyl. – Et des poupées, dis, est-ce qu'on en a mis?...
Tyltyl. – Des poupées?... C'est trop bête; ça ne les amuse pas...

[…]

Auteur
Maurice Maeterlinck
Né à Gand en 1862, Maurice Maeterlinck se consacre rapidement à la littérature. Dès 1889, il publie un recueil de poèmes, Serres Chaudes, et une pièce de théâtre, La Princesse Maleine, qui traduisent ses préoccupations symbolistes.... lire la suite
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