Trois visages de l'écrit | Espace Nord

Trois visages de l'écrit

Par Liliane Wouters
Postface de Yves Namur
Édition 2016
Genre Poésie et théâtre
ISBN 9782875681263
N° Espace Nord 346
Pages 224
  • Version papier
  •   Broché, 12 x 18,5 cm
  • 12,00 €

Il est donné à peu d’écrivains de posséder cette force du dévoilement de soi-même, d’une telle mise à nu de l’être et de ses profondeurs obscures. Sans fausse pudeur, mais simplement ou furieusement, Liliane Wouters manifeste le goût de vivre, de respirer, de se battre. Ce volume rassemble trois de ses recueils, trois figures qui sont autant de visages de l’écrit: Journal du scribe (1990), Le Billet de Pascal (2000) et Le Livre du sou (2009).

« Dans son journal, le premier personnage aborde son rapport intime avec l’écrit. Il se cherche à travers lui. Le second relate une expérience avec l’écrit, une expérience très forte, comme Pascal, dans son Billet. Le troisième, c’est sa vie, au fond, qu’il fait traverser par l’écrit. C’est aussi une forme de journal, mais sur toute son existence tandis que le premier voyait plus loin. Oui, je crois que ce sont trois hommes différents, mais avec des points communs, dont l’écrit. »

Borne milliaire.
Sous l’implacable vieux soleil c’était
dans cette vie ou dans une autre. Borne
devant le fleuve appelé Chien où tu peux lire
en plusieurs langues plusieurs noms de conquérants :

Alexandre, César, Napoléon,
Nabuchodonosor (je crois) et moi,
moi qui de tous suis le plus grand
mais seul à le savoir. Qu’importe.

Borne milliaire,
ou bien était-ce une des stèles de Ramsès,
le pharaon aux cent soixante-deux enfants ?

Devant un fleuve du Liban, non loin des cèdres,
j’ai lu les noms de ces grands rois, aussi le mien.

Mon nom, pourtant, je ne le connais pas.
Osiris l’a jeté au fond du Nil.
Yahvé l’a emporté sur la montagne.
Bouddha l’a enterré au pied d’un arbre.
Jésus l’a prononcé en expirant.

Mais je n’étais pas là.
Je n’ai rien entendu.
Depuis, je cherche qui je suis.

Dans cette vie ou dans une autre.
Tantième expédition sur la planète.
Nul ne m’a reconnu, pas même moi,
et je n’ai reconnu personne.

[…]

POSTFACE
d'Yves Namur

Liliane Wouters et ses états de grâce

Présentation sommaire de l’auteur

Née à Ixelles le 5 février 1930, Liliane Wouters, qui aura été une bonne partie de sa vie institutrice à Bruxelles, publie en 1954 son premier recueil, La Marche forcée. Un livre paru chez l’éditeur George Houyoux, dans la collection de la Tarasque où avaient été publiés auparavant des Roger Bodart, Ernest Delève ou Paul Colinet. Il s’agissait là, pour Roger Bodart qui préfaçait l’ouvrage, de la naissance d’un poète « exceptionnel », une œuvre où « l’humour de Breughel se mêle à la mélancolie d’Apollinaire», rappelant par la même occasion qu’elle est de ces auteurs qui s’expriment en français, mais sont bel et bien les représentants de nos deux cultures, tant flamande que française, comme l’ont été, par exemple, des Verhaeren, Elskamp ou Willems. À propos de ce même recueil, de nombreuses années plus tard, Jean Tordeur, dans Tous les chemins conduisent à la mer (Les Éperonniers, collection « Passé Présent », 1997) écrira :

« Avec une audace que peut seule excuser la réussite, elle retrouve sans les plagier les accents du Cocteau de Plainchant, de l’Apollinaire du Mal-aimé, voire du Hugo des Orientales. »

La Marche forcée aura un accueil aussi immédiat qu’unanime, et recevra le prix des Scriptores Catholici à Bruxelles, le Prix Renée Vivien, de la Société des Gens de Lettres, à Paris, le Prix Polak de l’Académie et, en 1956, le Prix de la Nuit de la Poésie à Paris avec un jury composé d’Aragon, Cocteau, Reverdy, Audiberti, etc. Un auteur était né, une œuvre d’importance allait paraître.
Suivront des recueils comme Le Bois sec (1960), Le Gel (1966), L’Aloès (1983), Journal du scribe (1990), Le Billet de Pascal (2000), Le Livre du sou (2009) et, en 2014, Derniers feux sur terre, le plus récent publié à ce jour et qui s’est vu décerner le prix Apollinaire 2015.
Liliane Wouters s’est également fait connaître comme anthologiste et traductrice de poètes amands dont un admirable Guido Gezelle, Reynart le Goupil, les Belles heures de Flandre ou le Bréviaire des Pays-Bas.
Elle a signé plusieurs pièces de théâtre dont Vies et morts de Mademoiselle Shakespeare, L’Équateur, Charlotte ou La nuit mexicaine et, bien évidemment, La Salle des profs (réédité en Espace Nord). Elle est aussi l’auteur d’un roman, Paysage flamand avec nonnes (Gallimard, 2007, réédité en Espace Nord).
Elle a reçu de nombreuses distinctions littéraires dont le Prix Triennal de Poésie (1962), le Prix Montaigne (1995), la Bourse Goncourt de la Poésie (2000), le Prix Quinquennal de littérature (2000), le Prix Guillevic (2009), le Prix Apollinaire (2015), etc. Elle est membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique depuis 1985.

Une traversée de l’œuvre poétique

Avant-propos

Rien n’est vrai. Sauf la descente
à travers soi, à travers l’autre, dans ces lieux
inviolés, lorsque du corps l’âme s’absente
cherchant le souffle autrefois nommé Dieu.
(Le Gel)

« Rien n’est vrai », écrit Liliane Wouters dans Le Gel.
Dans les vies de l’auteur – tant celles du dehors que celles de l’intérieur profond –, tout est cependant placé sous le sceau du mot « vérité ».

À propos de l’autobiographie

Dans L’Agent double, Pierre Mertens titre l’une de ses réflexions : « À propos de l’autobiographie, béquille du rêve, béquille rêvée », soulignant de la sorte les ambiguïtés d’une telle démarche. « Ce serait, écrit-il en racontant sa vie, que l’autobiographe se consolerait de n’avoir pas vécu davantage. » (Complexe, 1989)
Où commence en fait l’autobiographie, quel visage – ou quel masque encore, pour évoquer la proximité de Cocteau – donne-t-elle à regarder? « Je » est-il encore et infiniment un autre, comme le prétend Rimbaud ?
Des questions auxquelles Liliane Wouters et ces fragments d’un long texte, extrait du Billet de Pascal, ne s’attardent pas, tant paraissent évidentes la clarté et la sincérité de cette lecture du for intérieur.

[…]

A travers les trois personnages auxquels elle se réfère sous l'angle de leur rapport à l'écrit, Liliane Wouters révèle beaucoup d'elle-même et de son expérience intime à l'écriture, à son plaisir du texte libre et à ses aspirations.
-- La Libre Belgique

Auteur
Liliane Wouters
Liliane Wouters est née à Ixelles en 1930. Elle a voué sa vie à la poésie, sa « forme d’élection », a traduit plusieurs poètes flamands, a composé d’importantes anthologies. Elle s’est également illustrée comme dramaturge. Elle... lire la suite
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