Le Livre de la neige | Espace Nord

Le Livre de la neige

Par François Jacqmin
Postface de Gérald Purnelle
Édition 2016
Genre Poésie et théâtre
ISBN 9782875680754
N° Espace Nord 344
Pages 160
  • Version papier
  •   Broché, 12 x 18,5 cm
  • 8,00 €

Le Livre de la neige est le récit de l’extase du poète face à la nature. Les paysages enneigés, les oiseaux, les arbres qui peuplent les textes de François Jacqmin prennent vie grâce à des mots précis et à un langage limpide. Mais dans ces textes délicatement teintés d’humour, la poésie va au-delà de l’éveil de la nature pour questionner le sens.

L’homme, être de langage, peut-il traduire le réel par l’écriture? Le poème parvient-il à exprimer le questionnement ou l’émerveillement que vit le sujet ? Ces interrogations propres à toute l’œuvre de Jacqmin se trouvent comme apaisées dans ce recueil où l’observation du milieu naturel amène à la méditation sur la pensée, le langage et la poésie.

Ecouter un extrait :

La neige
se couche sur la neige et annule sa blancheur.
Tout s’établit et s’éteint
comme cela.
L’être est ménager; il règle d’un seul
trait
la bourrasque ou la propension au pourquoi.
La certitude originelle se maintient
ainsi,
en ne distinguant rien de rien.

Vient le temps où l’hésitation se révèle la manière
la plus pragmatique d’être au monde.
On regarde la dissolution
de la vérité et de la matière
sans émotion. La musique est jugée diffamante
dès les premières mesures.
On ne s’a aire plus autour de l’absolu ; on
le considère comme une
mélancolie déplacée,
une inconvenance de la tristesse.

Pour rendre son poids au peuplier,
il faudrait
que je repousse la gure convulsée du récit.
Pour accomplir
une œuvre littéraire,
il me faudrait évincer le temps du compte rendu
sans
exaspérer le reste.
En attendant,
tout m’est impossible et le verbe en abuse.

Le paysage est arrêté. Il est cet attelage
poudreux
qui s’enlise dans sa blancheur.
Ses essieux
s’enfoncent dans l’innocence despotique
de la neige.
Sans être égarés, nous commençons à redouter
le nulle part, et surtout
ce silence inclément
qui tonne contre l’a ront de tout voyage.

[…]

POSTFACE
de Gérald Purnelle

Des quelques livres de poèmes que j’ai écrit, Le Livre de la neige est celui que je préfère.

Il existe un évident contraste entre la place que, pour un nombre croissant de lecteurs et de critiques, François Jacqmin occupe aujourd’hui dans les lettres belges, plus de vingt ans après sa mort, et l’image de soi que cet homme discret et circonspect a toujours cultivée, à travers un discours dont la rigueur ne concédait rien à l’ironie dont par ailleurs il l’assortissait parfois.
D’un côté, un consensus pour reconnaître en lui un des tout premiers poètes de la Communauté française de Belgique en la deuxième moitié du XXe siècle, dont l’œuvre a exercé sur de nombreux poètes une in uence égale à celle de Char, Celan ou Juarroz (pour ne citer que quelques noms « étrangers »), l’exerce encore sur certains dans les générations actuelles, et ne cesse de solliciter la sensibilité, l’intelligence et l’expérience même du lecteur contemporain.
De l’autre, « un auteur venant assez tard, en tout cas peu soucieux de jouer un rôle sur la scène littéraire », honnissant tout carriérisme et toute stratégie calculée dans le monde des lettres, fustigeant « l’écrivain » dans ses ambitions et ses compromissions, et qui se présentait lui-même, quand il consentait à parler de soi, par des assertions mêlant la péjoration et l’autodérision, telles que: « Très tôt, il s’est imposé comme un véritable poète du second rayon » ou : « En fait, je ne suis pas vraiment un écrivain. »
Le Livre de la neige est le dernier recueil qui ait été publié du vivant du poète, c’est-à-dire le dernier projet poétique important qu’il ait mené à son terme éditorial. Cette circonstance biographique suffit-elle à en faire un livre-testament, dans lequel il eût rassemblé l’équivalent d’un bilan ou d’un legs à ses contemporains et aux générations futures ? Ce n’est pas exactement le cas : élaboré au cours des dernières années 1980 (1986-1988) et publié en 1990, il précède de deux ans le décès du poète, mais celui-ci avait à nouveau entamé et même quasi achevé l’écriture d’un nouvel ensemble de poèmes, resté inédit mais destiné à la publication, et dont le titre, comme le contenu, s’approche davantage d’une telle fonction testamentaire dictée par la mort prochaine : c’est donc plutôt ce Manuel des agonisants, dont la mise au point s’est achevée le 14 janvier 1992, moins d’un mois avant son décès, qui eût constitué son véritable adieu.
Les poèmes du Livre de la neige ont néanmoins été écrits à un moment de la vie du poète qui, rétrospectivement, sonne comme une fin de parcours, ou du moins un tournant important, non seulement pour son écriture proprement dite, mais aussi pour sa vie, et, en premier lieu, sa vie en tant que poète : le moment que constitue ce recueil touche étroitement à la place de l’écriture poétique dans un être au monde et un être à soi. Nous nous proposons donc d’interroger ce recueil en regard d’un parcours qu’il clôture inéluctablement, en nous aidant des poèmes eux-mêmes, mais aussi d’autres sources, comme des interviews, le journal du poète ou ses conférences de la Chaire de poétique de 1991.

[…]

Auteur
François Jacqmin
Né en province de Liège en 1929, François Jacqmin est un poète belge majeur de la deuxième moitié du XXe siècle en Belgique. Après avoir vécu plusieurs années en Angleterre pendant la deuxième Guerre Mondiale, il revient en Belgique... lire la suite
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