Le Cocu magnifique | Espace Nord

Le Cocu magnifique

Dossier pédagogique

Par Fernand Crommelynck
Réalisé par Françoise Chatelain
Édition 2014
Pages 18
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Destiné en priorité au corps enseignant, ce dossier présente une analyse du "Cocu magnifique" pour permettre aux élèves de mieux découvrir la littérature belge. Vous y trouverez des informations sur les spécificités du texte et de son auteur (résumé, contexte, biographie, prolongements bibliographiques), mais également des pistes de réflexion pour favoriser le débat en classe.

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5. L’analyse

j) Le thème

Crommelynck, dans cette pièce comme dans d’autres, s’intéresse à l’essence de la pulsion, vue comme une monomanie irrésistible et obsessionnelle qui dépasse le vraisemblable.

C’est ici la jalousie dont il dépeint le processus : « Le véritable drame de la jalousie, c’est que ce sentiment se développe chez celui qui en est victime, en dehors de tout élément extérieur. » 

De son propre aveu, il a pensé à Othello en écrivant Le Cocu magnifique (voir ci-dessus « La genèse ») et l’influence de Shakespeare et du théâtre élisabéthain est perceptible également dans le décor et dans le mélange d’éléments comiques et tragiques.

Cette thématique, au cœur de la pièce, détermine rigoureusement tous les choix de composition et d’écriture de l’œuvre.

L’obsession de Bruno va le mener inexorablement à la folie, en broyant au passage Stella, victime de son mari qui la réduit à la prostitution et dont on peut se demander jusqu’à quel point elle est consentante.

Sur ce thème central se greffent des motifs qui sont récurrents dans le théâtre de Crommelynck mais qui, ici, prennent un relief tout particulier :

Le regard

Voyeurisme et exhibitionnisme sont les ferments de la jalousie.

C’est le regard de Pétrus sur le sein de Stella, exhibé par Bruno, qui est l’étincelle allumant la mèche de la jalousie. C’est le voyeurisme affiché dès le début de la pièce par le comte. Ce sont les regards que tous les hommes posent sur Stella et qui révèlent l’ambiguïté de l’attitude de celle-ci. C’est encore le regard de la population du village qui surveille les faits et gestes de chacun et qui, d’une certaine manière, matérialise sur scène le public, placé lui aussi dans le rôle du voyeur.

Le dispositif scénique contribue encore davantage à mettre en évidence cette importance du regard et du voyeurisme (voir plus loin).

Paul Emond considère la scène avec Pétrus comme « emblématique de tout le théâtre de Crommelynck, d’un théâtre qui semble tout entier fondé sur l’impossibilité d’échapper à la surveillance d’autrui et à la perversité de son regard ».

La délégation de parole

Il arrive fréquemment, dans le théâtre de Crommelynck et singulièrement dans Le Cocu magnifique, qu’un personnage parle pour un autre, ce qui entraîne une communication plus dense, plus complexe, plus ambiguë. Bruno lui-même, écrivain public, est celui qui écrit pour les autres ou plutôt qui dicte à Estrugo, le scribe. Et, au cours de la pièce, ce sont des déclarations d’amour pour Stella que lui dictent les autres !

Mais il arrive aussi que des faits se passent hors de la vue du public (et du personnage principal). Ainsi, dans la scène suivante, voyeurisme et délégation de parole se mêlent : alors que Stella et Petrus sont enfermés dans la chambre, Estrugo regarde par le trou de la serrure et Bruno regarde Estrugo :

« Bruno, hébété. — Estrugo, je crois qu’il nous arrive une mésaventure singulière… C’est à cause de mon éloquence. Quelle verve m’emportait ! Grimpe à l’étage sur la pointe des pieds. Obéis. C’est une chose fâcheuse qui nous advient… Chut, sans bruit…

Estrugo monte. Bruno ne se retourne pas.

Ne fais pas crisser les planches du palier. Y es-tu ? Regarde par le trou de la serrure !... (À part.) Bien fâcheuse ! Bien fâcheuse !

Estrugo met l’œil à la serrure, puis se redresse, abasourdi, et gesticule pour attirer l’attention de Bruno.

Bruno, très calme. — Hein ?

Estrugo descend vivement et s’arrête devant Bruno. Gestes inutiles, il est suffoqué.

Qu’y a-t-il ?

Estrugo se débonde, brusquement. — Pétrus avec Stella, Stella avec Pétrus, Pétrus avec Stella, dans la chambre, enfermés !

Bruno, simplement. — Non.

Estrugo, avec une volubilité étonnante. — Des galons et des volants, je le jure, les rideaux tirés, Pétrus et Stella, je le jure, enfermés là !

Bruno, têtu. — Non, non.

Estrugo, un peu ralenti. — Regarde dans mes yeux, l’image n’est peut-être pas effacée… Je les ai vus ! »

Auteur
Fernand Crommelynck
Né à Paris dans une famille de comédiens, Fernand Crommelynck (1886-1970) se révèle avec l'un des textes majeurs de la littérature de l'Entre-deux-guerres : Le Cocu magnifique. Marqué par l'expressionnisme allemand, Crommelynck donne au... lire la suite
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