Monsieur Larose est-il l'assassin ? | Espace Nord

Monsieur Larose est-il l'assassin ?

Dossier pédagogique

Par Fernand Crommelynck
Réalisé par Françoise Chatelain
Édition 2017
Pages 22
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Destiné en priorité au corps enseignant, ce dossier présente une analyse de "Monsieur Larose est-il l'assassin ?" pour permettre aux élèves de mieux découvrir la littérature belge. Vous y trouverez des informations sur les spécificités du texte et de son auteur (résumé, contexte, biographie, prolongements bibliographiques), mais également des pistes de réflexion pour favoriser le débat en classe.

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Le roman est centré sur la thématique du tueur en série. Celui-ci assassine des victimes apparemment choisies au hasard. Aucun arrière-plan politique, social ou psychologique : comme dans les récits d’énigme classiques (ceux de Conan Doyle, d’Agatha Christie ou de Stanislas-André Steeman), l’essentiel est la résolution de l’énigme par le « génial détective ». Celui-ci utilise une formule mathématique dont il est convaincu qu’elle lui fournira la clé du mystère et qu’elle lui permettra de battre la police officielle sur son terrain. L’originalité réside ici dans le choix du criminel mais, là encore, Crommelynck se place dans la lignée des mêmes auteurs qui n’ont pas hésité à innover : rappelons-nous Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie dont le coupable est le narrateur, ou les multiples meurtriers de L’Assassin habite au 21 de Steeman, roman auquel il est fait référence à plusieurs reprises dans le roman, au point que celui-ci pourrait être perçu comme une sorte d’hommage.

Au-delà de cette lecture centrée sur le genre, on peut lire le roman à un second niveau, car on y retrouve une série de thèmes et de motifs fréquents dans l’œuvre de Crommelynck, tel que le forcené.

Comme dans ses pièces de théâtre, Crommelynck s’intéresse à l’essence de la pulsion, vue comme une monomanie irrésistible et obsessionnelle d’une manière qui dépasse le vraisemblable. Ici, il s’agit du goût immodéré de Larose pour le théâtre, une obsession à s’identifier à d’autres personnes, de préférence excessives.

« Comme les artistes doués qui sont plus “acteurs” que “comédiens” il s’identifiait aux héros qu’il représentait naguère. Cette opération de mimétisme profond, de transmutation intérieure, manquait moins à sa gloire qu’à son parfait équilibre » (p. 38).

Alliée au narcissisme, cette monomanie va inexorablement mener à la folie criminelle le personnage frustré par le peu de succès de ses prestations d’acteur.

La description de sa chambre témoigne de son narcissisme et de sa frustration :
« Capharnaüm, selon Mme David, “chez moi” d’après lui [Larose], les deux appellations donnaient une idée exacte de la pièce où il venait de pénétrer. Elle s’attestait à l’image fidèle du maître de céans, en ce sens que les murs en étaient de long en large et de bas en haut, décorés de photographies de Larose, juxtaposées, de l’acteur Larose dans toutes les poses, dans tous les costumes, à travers les œuvres et les siècles. […] Souvenirs dérisoires de sa carrière, car sur chacune des effigies M. Larose était méconnaissable. Il eût pu les avoir empruntées à n’importe quelle collection de théâtre et les faire passer pour siennes. Quoiqu’il en soit, Larose trônait partout » (pp. 96-97).

Il formule ainsi son obsession :

« – Pour posséder sa propre vie, il faut posséder la vie des autres. En être le maître : le complice, le confident ! » (p. 56)

Et il l’explique :

« – Comment un grand acteur épouserait-il les sentiments, les pensées, les impulsions du bourreau et de la victime, du héros et du traître, du prodigue et du mendiant, s’il n’était pas mêlé à leur vie, de tout près, comme témoin ? Comment, dites, s’il ne les connaît pas comme un autre lui-même ? Voilà ma passion. Mettre la vie toute nue, toute nue, la violer, lui tordre le cou pour entendre son cri, son secret ! » (p. 57)

Ce qui pourrait n’être qu’une technique, inspirée de la « formation de l’acteur » du metteur en scène soviétique des années 1930, Constantin Stanislavski, prend des dimensions excessives, comme le montre cet extrait où il exprime son ressenti après la rencontre avec la maîtresse d’une des premières victimes :

« Il s’était donné un spectacle de choix, pénétrant le secret du cœur et de la chair de cette adorable femme. Un acte de possession, en somme, pareil au viol d’une jeune beauté endormie. La volupté en est d’autant plus aiguë qu’elle s’est passée du consentement » (p. 71).

Ainsi, c’est naturellement que le masque, le déguisement, joue également un rôle important dans le développement de l’intrigue. Larose comme maquilleur, mais aussi, dans une autre vie, comme comédien en a usé et en use encore dans son enquête :

« Il obéissait plutôt à l’instinct qui le poussait à se métamorphoser. Il jouait un autre, un nouveau rôle. Il devait en éprouver un plaisir secret, comme de la satisfaction d’un désir animal » (p. 38).

Sur ce thème central se greffent d’autres motifs récurrents dans le théâtre de Crommelynck.

La nostalgie de l’amour pur est incarnée par Lisette : elle sera finalement sacrifiée et sera la dernière victime de l’assassin, comme une autre figure de jeune fille pure, Louise Boulois, la bouquetière de dix-sept ans, en avait été une des premières.

Des foules souvent cruelles et à l’opinion changeante : les petits métiers qui hantent le plateau de cinéma où travaille Larose se moquent ouvertement de celui-ci. Mais c’est aussi la foule versatile des badauds, qui suivent dans la presse les développements de l’enquête.

[…]

Auteur
Fernand Crommelynck
Né à Paris dans une famille de comédiens, Fernand Crommelynck (1886-1970) se révèle avec l'un des textes majeurs de la littérature de l'Entre-deux-guerres : Le Cocu magnifique. Marqué par l'expressionnisme allemand, Crommelynck donne au... lire la suite
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